Vincent Périer Septet + Célia Kaméni au Périscope : La Belle et le Septet

Fin de printemps à l’heure d’été vendredi au Périscope. Dès 21 h selon le tableau noir, à 21h30 selon la montre du spectateur (bien calé dans son cabriolet rouge), Vincent Périer nous remercie d’être venus si nombreux et nous propose de faire connaissance avec “Right down front” de Johnny Griffin. Effectivement sa structure permet à chacun de nous offrir un solo en guise d’amuse-bouche. Nous retrouvons successivement la trompette de Julien Bertrand, le ténor du leader, le trombone de Pierre Baldy, la guitare de Francis Larue, le piano de David Bressat, la contrebasse de Thomas Belin et la batterie de Francis Decroix.
Deux compositions de Vincent Périer nous sont servies en hors d’œuvre : la très délicate “Silencieuse” inaugurée par Julien Bertrand au bugle puis “Cheverny” scandée par la clarinette de Vincent Périer qui rend respectueusement hommage à Duke Ellington. Comme plat de résistance et dans un joli pied de nez, Célia Kameni monte sur scène pour Imagine my frustration et pour un vibrant hommage au regretté B.B. King, Francis Larue domptant sa six cordes. My life conclut ce premier set au son du blues. C’est l’heure du trou normand !
Les garçons ont mouillé leurs chemises disparates, La Belle a choisi une même note bleue pour ses lèvres, son pendentif et sa jupe, un noir uni pour le petit haut et un brillant métallique pour les sandales.
Désaltérés, rafraîchis, les uns et les autres rejoignent chaises, fauteuils ou micros. David Bressat inaugure poliment et joliment au piano cette seconde partie avec une composition de Vincent Périer intitulée “S.V.P.” dans laquelle le trombone de Pierre Baldy fait merveille. Le retour de Célia est précédé d’un morceau “Jungle” emmené avec brio par la contrebasse de Thomas Belin et la batterie de Francis Decroix, le tout plein d’une joviale fantaisie démontrant que l’art de la rupture peut être source de joie… Le principe du sucré-salé en somme ! Pieds nus, la Belle nous revient avec I found the answer dans une version que lui a inspirée Mahalia Jackson. Un Love affair endiablé et un Lover man sensible précèdent le dessert sautillant et festif d’ I believe in music pendant lequel le public n’hésite plus à accompagner les artistes en tapant dans les mains.
Sans se faire prier, La Belle et le septet nous offrent le digestif sous la forme de Blues in the night qui permet à Célia de nous montrer qu’outre ses talents de chanteuse jazz et soul, elle peut être blues shouter !
En quatre-vingt-dix minutes, ces jeunes talents nous ont proposé, par le menu, un jazz qui ne renie pas ses racines mais qui les magnifie ! Les rythmiques sont impeccables, les soli efficaces, les arrangements suffisamment variés pour offrir deux sets de haute tenue mêlant standards chantés et compositions instrumentales d’un leader qui a la courtoisie de présenter plusieurs fois ses acolytes. Nous voilà rassasiés… Déjà 23h30 et je n’ai pas encore dîné !

Christian Ferreboeuf & photos France de Stéfanis  /  jazz-rhones-alpes.com, n°554, lundi 22 juin 2015.